Publiée le mercredi 23 mars 2011
Le 16 mars dernier, Eileen M. Angelini prononçait à Glendon une conférence intitulée A Little Known History of Discrimination in New England: The Ku Klux Klan’s Attacks on Franco-Americans in the First Half of the 20th Century [« L’histoire méconnue de la discrimination en Nouvelle-Angleterre : les attaques du Ku Klux Klan contre les Franco-américains dans la première moitié du 20e siècle »]. Mme Angelini enseigne le français au collège Canisius de Buffalo. Elle est titulaire d’une bourse Fulbright Canada-États-Unis et occupe, à titre de chercheuse invitée, la Chaire en mondialisation et études culturelles de l’Université McMaster. Elle était invitée à Glendon par les professeurs Radha Persaud, du département de Sciences politiques, et Geoffrey Ewen, coordonnateur du programme d’Études canadiennes.
La conférencière a fait un rappel historique concis de la relation qui unit le Canada francophone et la Nouvelle-Angleterre. Sa présentation était centrée sur le documentaire de Ben Levine, Réveil – Waking Up French: The Repression and Renaissance of the French in New England, et sur le Ku Klux Klan qui sévissait à l’époque dans cette partie des États-Unis. Mme Angelini prépare un article intitulé « New England and Canada: Understanding the Language, Cultural, and Historical Connections » [« Le Canada et la Nouvelle-Angleterre : pour comprendre les liens linguistiques, culturels et historiques »], qui paraîtra dans le McMaster University Institute on Globalization and the Human Condition Working Papers Series.
Elle écrit dans cet article : « En 1900, la population du Québec a considérablement grossi. Beaucoup, en fait, par rapport aux terres agricoles disponibles. Parallèlement, la Nouvelle-Angleterre est en train de harnacher les grandes rivières afin d’alimenter ses usines de textiles toujours plus grandes, pour lesquelles elle a besoin d’ouvriers. Plus d’un million d’habitants du Québec, des catholiques francophones, arrivent alors en masse dans les villes de Nouvelle-Angleterre qui étaient principalement anglophones et protestantes, créant une telle quantité de petits Canada, de communautés francophones, que la Nouvelle-Angleterre fut un temps surnommée ‘Québec en sud’.
Contrairement aux immigrants européens de la même époque, ceux-ci avaient leurs racines à une journée de train de leur terre d’accueil, où ils pensaient rester seulement le temps de gagner assez d’argent pour rentrer chez eux et retrouver leurs fermes et leur mode de vie. Ils étaient d’une loyauté extrême envers leurs valeurs franco-catholiques, axées sur la communauté, la coopération et la dévotion plutôt que sur l’individualisme, la compétition et le matérialisme qui prévalaient aux États-Unis. De fait, leur loyauté était si forte qu’elle leur a permis de préserver leur culture, malgré de nombreuses difficultés.
Dans les petites villes protestantes, on se mit à craindre cette affluence de gens qui parlaient une autre langue et pratiquaient une religion différente. On reprocha aux prêtres d’encourager les Canadiens français à ne pas s’assimiler, à ne pas apprendre l’anglais. Dans toute la Nouvelle-Angleterre, des tensions s’élevèrent. L’élite des protestants anglophones forma des antennes du Ku Klux Klan, qui, du Massachusetts au Maine, se firent menaçantes à l’endroit des communautés francophones et menèrent des raids contre nombre d’entre elles. Se glorifiant de ses adhérents plus nombreux encore que dans le Sud, le Klan de la Nouvelle-Angleterre pouvait compter sur des membres influents, bien ancrés dans la société. Parmi ceux qui jouèrent un rôle dans la vie publique, l’un fut élu gouverneur du Maine; le KKK de Nouvelle-Angleterre avait même une milice féminine… »
La conférencière a répondu à de nombreuses questions, qui ont montré que les étudiants étaient bien préparés et qu’ils comprenaient les enjeux latents du sujet. Avec les professeurs Persaud et Ewen, Mme Angelini entend profiter de son mandat à la Chaire sur la mondialisation et les études culturelles à McMaster pour donner suite à leurs échanges et à leur collaboration.
Source : le Collège universiatire Glendon
Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon
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