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Wayson Choy à Glendon : une leçon de vie et de littérature

Publiée le mardi 29 mars 2011

Le 16 mars dernier, à l’occasion d’une lecture publique de la série bp nichol, Glendon accueillait l’écrivain Wayson Choy.

 

Plutôt que de lire des extraits de son œuvre, l’auteur – un homme discret et élégant, au sourire très doux – a préféré en parler, et nous dévoiler sa vision de l’écriture et de la vie. Il a exprimé sa croyance profonde dans l’idée que chaque personne, que ce soit pour écrire ou simplement pour vivre, doit trouver son fil conducteur.

 

Wayson Choy naît en 1939 dans le quartier chinois de Vancouver. Lors de la cérémonie traditionnelle du baptême, son grand-père déclare que l’enfant aura de la chance dans la vie. L’écrivain estime que ce message, « tu auras de la chance », est son fil conducteur, que chaque tournant de son existence, bon ou mauvais, a renforcé.

 

Le jeune Wayson fréquente l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) à la fin des années 1950, où il a pour mentor Earle Birney, poète célèbre et éducateur de talent. Tout va très bien pour lui, il a le sentiment de réussir ses études, et en particulier les cours de création littéraire d’E. Birney.

 

Mais, comme le veut le dicton chinois, « quand tout va bien, jette un coup d’œil derrière toi »… Avec dans les yeux une petite étincelle, l’écrivain aujourd’hui adulé rapporte cette anecdote : E. Birney le fait venir dans son bureau et brandit sous ses yeux un travail que le jeune homme vient de lui remettre. « Vous voulez devenir écrivain? » Le cœur de l’élève chavire, tandis que la voix du maître lui assène : « Alors il faut ponctuer. » Ce moment s’est révélé être un tournant crucial pour Wayson Choy, dont la confiance en soi a certes été ébranlée, mais qui a su tirer profit de la remarque – et s’est mis à travailler sa technique.

 

Son intérêt pour les récits remonte aux histoires racontées par les vieux Chinois de son quartier, des gens sans formation ni instruction, mais qui suivaient en contant une tradition séculaire. À l’adolescence, il découvre Bonjour tristesse, le roman d’une jeune fille qui a presque son âge, Françoise Sagan. L’écriture limpide et le sujet mélodramatique le bouleversent et lui insufflent l’urgence d’écrire, ce qu’il fait avec un certain succès, publiant des nouvelles dans des revues à petit tirage.

 

Après avoir obtenu son diplôme, Wayson Choy enseigne l’anglais au collège Humber de Toronto; et ce n’est que dix ans plus tard, pendant un congé sabbatique, qu’il s’inscrit dans le programme de création littéraire de l’UBC et se met à écrire avec assiduité.

 

Le récit de sa vie et de sa carrière littéraire a l’allure des histoires d’autrefois, truffées d’anecdotes et tissées d’aller-retour dans le temps, mais dont la trame est pourtant fluide. The Jade Peony / La Pivoine de jade est une nouvelle qu’il avait écrite pour un cours de création à l’UBC, pour une professeure dont le nom à l’époque ne lui disait rien, Carol Shields... Le titre provient d’une conversation surprise par hasard entre ses tantes – encore une coïncidence heureuse. La Pivoine de jade a été publiée en 1977 dans la revue des anciens de l’UBC, tirée à 25 000 exemplaires, et lui a valu un prix de 100 $.

 

« Toutes mes œuvres ont été des commandes », résume l’auteur, ce qui est une chance assez incroyable quand on pense que la plupart des écrivains donneraient tout pour être publiés, sans même parler de gagner de l’argent...

 

En 1992, on lui a demandé d’étoffer La Pivoine de jade pour en faire un roman à part entière, paru en 1995 chez Douglas and MacIntyre. « C’était le moment où les histoires qui parlaient d’autres cultures sont devenues une composante importante du multiculturalisme canadien », explique-t-il. Il était réticent, mais la signature d’un contrat et une avance l’ont convaincu d’écrire ce qui était, à l’origine, un agrégat de nouvelles ayant peu de rapport entre elles, sinon le décor du quartier chinois qu’il connaît si bien. Et puis les histoires se sont agencées et cimentées pour former le roman que l’on connaît. La Pivoine de jade raconte, par les yeux des trois cadets, l’histoire d’une famille d’immigrants chinois, les Chen, qui vit à Vancouver pendant la Deuxième Guerre mondiale. Après avoir figuré pendant six mois sur la liste des meilleurs vendeurs du Globe and Mail, le roman remporte en 1996 le prix du livre de la Ville de Vancouver. La même année, Wayson Choy partage le prix Trillium avec Margaret Atwood.

 

« Enfant, je ne savais pas que je vivais entouré de héros », dit-il, faisant référence aux difficultés et aux peines incroyables qu’ont endurées sa famille et les immigrants de la communauté chinoise. Il ajoute que les écrivains doivent agir comme des survivants de leur époque et de leur milieu et qu’ils doivent tirer parti de toutes les occasions qui leur sont offertes. En tant qu’homosexuel, il s’est toujours senti un peu à l’écart, mais, dit-il, « les livres sont des ponts » dans un monde où des gens de races et d’orientations différentes se côtoient.

 

Son deuxième ouvrage, une œuvre autobiographique intitulée Paper Shadows: A Chinatown Childhood (1999) lui a mérité le prix Edna Staebler de « l’essai créatif », en 2000, en plus de compter parmi les finalistes des prix du Gouverneur général. Le Globe and Mail en avait fait l’un de ses « livres remarquables » de l’année, lors de sa parution.

 

Un troisième livre, All That Matters (2004; La Montagne d’or, 2010), se penche à nouveau sur l’histoire de la famille Chen, mais cette fois-ci en empruntant le point de vue du fils aîné. En 2004, All That Matters recevait le prix Trillium et figurait parmi les finalistes du prix Giller de la Banque Scotia.

 

En 2000, Michael Glassbourg réalise un documentaire sur la vie de l’écrivain : Wayson Choy: Unfolding the Butterfly. Puis, en 2005, l’écrivain troque sa plume pour la voix dans Searching for Confucius, un film sur la vie du grand philosophe. Wayson Choy vit à Toronto depuis 1962. Il est médaillé de l’Ordre du Canada depuis 2006.

 

En 2009, des arrêts cardiaques répétés ajoutés à des problèmes d’asthme et de diabète l’amènent aux portes de la mort. Cette même année, dans une conversation avec le chroniqueur Allan Gregg, Wayson Choy explique qu’il avait été en quelque sorte forcé de prendre cet événement comme objet d’écriture pour le comprendre et en revenir, affirmant que l’écriture est pour lui le seul moyen d’acquérir un savoir sur les choses. Le produit de cette réflexion est Not Yet: A Memoir of Living and Almost Dying, publié par RandomHouse en 2009.

 

Wayson Choy est un homme qui respire le calme et la paix intérieure auxquels seules la maturité et une grande délicatesse permettent d’accéder. Il rayonne d’une spiritualité profonde, témoin de la conviction que les aléas de l’existence ont une raison d’être – et que la chance est parfois la bonne étoile qui guide toute une vie.

 

Source : le Collège universitaire Glendon

 

Un article de Marika Kemeny, agente de communication de Glendon



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