Publiée le lundi 2 mai 2011
Pour Louise Ladouceur, des pièces comme Cow-boy poétré, Je m’en vais à Régina et Sex, Lies et les Franco-Manitobains représentent une évolution qui démontre la réalité des francophones hors Québec, mais aussi un désir de partager cette vision de leur réalité avec leurs voisins anglophones.
Ladouceur a récemment publié un article dans la Revue internationale d'études francophones qui étudie l’évolution linguistique des pièces canadiennes-françaises dans l’Ouest canadien, notamment l’usage de l’anglais par des personnages dans les pièces. Être francophone dans un contexte minoritaire veut dire être bilingue, affirme-t-elle, car il est impossible de vivre seulement en français. Donc, une pièce qui fait appel à la langue vernaculaire des francophones de l’Ouest inclut de l’anglais.
«C’est une façon différente de concevoir le théâtre et de se concevoir comme francophones aussi,» dit Ladouceur. «Les gens de la génération précédente ont eu, je crois, une autre approche, une autre façon de concevoir l’identité francophone: il fallait vraiment garder l’anglais le plus loin possible. Mais, je ne pense pas que ça soit représentatif de l’attitude de la génération des jeunes en ce moment.»
Elle dit que le théâtre est un outil social: le spectacle est présenté à la communauté et elle est invitée à y répondre et réagir. Ladouceur croit qu’une mission importante du théâtre francophone hors Québec est «de faire un théâtre auquel les gens vont s’identifier.» Faire autrement, c’est créer une fausse image de la réalité. Et pour les francophones dans l’Ouest canadien, l’anglais est une réalité quotidienne—un élément incontournable dans leur vie.
«Lorsqu’on monte une pièce de théâtre et qu’on veut montrer une certaine réalité, il faut quand même utiliser les mots de cette réalité-là,» dit Ladouceur. «C’est la même chose ailleurs; les personnages ne peuvent être vrais que s’ils s’expriment d’une certaine façon.»
Ladouceur note que les théâtres francophones professionnels au Canada offrent des surtitres en anglais afin de rendre les pièces plus accessibles aux communautés canadiennes. Ce phénomène indique une maturité chez les artistes francophones en situation minoritaire. Ils veulent s’ouvrir à la communauté et aux artistes anglophones, ne plus créer en vase clos. Elle mentionne que dans une ère de mondialisation comme la nôtre, de telles modifications au théâtre canadien-français le mettent à l’avant-garde du théâtre actuel.
«Je dirais que ce bilinguisme qui s’exprime et s’affirme de plus en plus dans le théâtre francophone de l’Ouest est représentatif aussi d’un théâtre qui se développe de plus en plus dans le contexte de la mondialisation,» dit Ladouceur. «Je pense qu’on est appelé à être témoin de multilinguisme, d’interculturalisme — une interaction entre langues et cultures — beaucoup plus qu’avant.
«Ce n’est pas seulement le théâtre bilingue de l’Ouest. Éventuellement, le théâtre sur les scènes du monde fera appel à plusieurs langues.»
Source : le Campus Saint-Jean, Université de l'Alberta
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